Née des foires du XVe siècle, la soierie lyonnaise s’est développée grâce à François Ier qui, par lettres patentes datées du 2 septembre 1536, autorise Etienne Turquet et Barthélemy Naris, piémontais établis à Lyon, à tisser, avec privilèges, des étoffes d’or, d’argent et de soie afin de freiner l’importation des soieries italiennes et espagnoles. Jusqu’au début du XVIIe siècle, Lyon produit essentiellement des tissus unis et tapisseries. Le développement, sous Henri IV, grâce en particulier aux travaux d’Olivier de Serres, de l’élevage du ver à soie - que l’on appelle la sériciculture - dans les magnaneries du sud et du sud-est de la France et le métier «à la grande tire» mis au point par Claude Dangon vers 1605 vont ensuite permettre à Lyon de tisser de beaux façonnés à grands rapports de dessin destinés principalement à l’ameublement. Sous Louis XIV, la soierie lyonnaise jouit déjà d’un tel renom que le Garde-meuble commande à Lyon, à partir de 1666, de somptueuses étoffes destinées à garnir différentes résidences royales, Versailles principalement. Malheureusement ces premières commandes ne sont connues que par les archives. Les arrêts et règlements que fait prendre Colbert en 1667, complétés dans les décennies suivantes, vont organiser l’industrie textile lyonnaise et créer la «Grande Fabrique», terme qui regroupe l’ensemble des acteurs de la production de soierie, définissant notamment les exigences de qualité propres à satisfaire les commandes royales. Au XVIIIe siècle, certaines améliorations sont apportées au métier de Dangon, notamment par Bouchon, Falcon puis Vaucanson qui réalise, entre 1750 et 1760, un métier automatique. Forte de ces perfectionnements techniques, la soierie lyonnaise connaît durant ce siècle de rapides progrès en dépit de crises nombreuses mais inévitables et témoigne d’une intense activité artistique avec des dessinateurs comme Jean Revel ou Philippe de Lasalle. Elle acquiert une si grande renommée que les cours étrangères, notamment celles de Russie avec Catherine II et d’Espagne avec Charles IV, n’hésitent pas à faire appel à Lyon pour meubler leurs châteaux et palais. La Révolution correspond à une période de grandes difficultés pour les «canuts». Le nombre de métiers tombe de 14000 à 3500. L’activité textile reprend néanmoins sous le Consulat et surtout sous l’Empire. Attentif au redémarrage industriel français et afin de soutenir la Grande Fabrique, Napoléon crée la Condition des soies en 1805 et passe à Lyon, en 1806, une grande commande de soierie pour servir à l’ameublement des palais impériaux et aux toilettes de Joséphine. En 1810, il accorde un nouveau crédit exceptionnel de 2 millions dans l’intention «de venir au secours des fabriques de Lyon qui sont en souffrance en ce moment». Malgré les crises, la capitale des Gaules retrouve ainsi dans le domaine de la soie son ancienne importance, grâce à la protection de l’Empereur. Sous les règnes suivants s’ouvre une grande période de prospérité que les insurrections Croix-Roussiennes de 1831 et de 1834 interrompent à peine. Il faut d’ailleurs mentionner que cette prospérité est elle-même favorisée par l’adoption progressive du métier perfectionné à l’aube du XIXe siècle par Joseph Marie Jacquard qui permettait à une seule personne de tisser, au lieu de deux. En outre, la production lyonnaise se diversifie en fournissant, à partir de la fin de l’époque impériale et surtout dans les premières années de la restauration bourbonnienne, de tissus religieux, des vêtements liturgiques destinés aux prêtres et aux églises vidées par la Révolution. Cette activité sera sienne jusqu’à la seconde guerre mondiale. Un peu avant 1850, les maladies du ver à soie - pébrine, muscardine, flacherie et gattine - apparaissent à Carpentras et à Saint-Bauzille-de-Putois, détruisent les vers à soie et se répandent rapidement dans toutes les régions séricicoles du Sud de la France, avant de s’étendre à l’Europe. L’ouverture du canal de Suez et l’ère Meiji marquant l’ouverture du Japon à l’Occident vont toutefois faciliter l’importation des soies asiatiques à Lyon. La soierie lyonnaise continue donc de se développer sous le Second Empire d’autant plus qu’ avec la création de la haute couture par l’anglais Charles Frédéric Worth, Lyon trouve de nouveaux débouchés qui vont faciliter les ventes de soierie aux autres catégories. De nombreuses maisons (Coudurier, Fructus et Descher, Bianchini Férier, Ducharne...) se développent ainsi au XXe siècle pour répondre aux nouvelles demandes et font appel à de grands créateurs comme Sonia Delaunay, Raoul Dufy, Paul Iribe ou Michel Dubost. Si les années vingt sont bien l’âge d’or de la soierie lyonnaise, la crise des années trente, puis celle des années de guerre vont ensuite l’ébranler. Pour sa matière première, la soie, la région lyonnaise est aujourd’hui entièrement dépendante des importations, notamment du Brésil et de Chine. L'industrie textile produit encore pour la haute couture et le prêt-à-porter avec des maisons comme Bianchini Férier ou Bucol. Elle travaille beaucoup pour le groupe Hermès qui fabrique les fameux carrés vendus chaque année à près d’un million d’exemplaires. Elle continue aussi à meubler les grandes demeures, avec ses maisons patrimoniales que sont Tassinari et Chatel ainsi que Prelle qui maintiennent toutes deux la tradition et un savoir-faire extraordinaire. Enfin, signalons que depuis les années cinquante, l’utilisation de plus en plus massive de fibres synthétiques et de fibres nouvelles a conduit au développement de nouveaux produits, les nouveaux textiles et les textiles techniques pour lesquels Lyon et sa région ont un quasi-monopole en France.
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